Indicateur 3.3 - Proportion des bassins hydrologiques soumise à des perturbations majeures ayant renouvelé les peuplements au cours des 20 dernières années
Indicateur d'appui
Les perturbations qui renouvellent des peuplements,
comme le feu, l'exploitation forestière et les grandes
infestations d'insectes, ont des impacts substantiels
sur les apports d'eau, le régime d'écoulement et les
débits de pointe dans les rivières et les petits cours
d'eau. Des estimations numériques de l'étendue de
ces perturbations sont décrites dans l'Indicateur 2.3
(Superficie forestière perturbée par les incendies, les
insectes, les maladies et la récolte). Les perturbations
auront des impacts plus importants si les bassins
hydrographiques sont de petite taille ou si elles
sont répétées à brefs intervalles.
Des mesures nationales des apports d'eau, du régime
d'écoulement et des débits de pointe sont difficiles
à obtenir parce que cette tâche exige un équipement
de surveillance coûteux. Par conséquent, les chercheurs
évaluent la proportion des bassins hydrographiques
soumise à des perturbations qui renouvellent les
peuplements pour estimer les effets hydrologiques
potentiels de ces perturbations. Afin d'atteindre ce
but, ils devront trouver la meilleure façon de mesurer
cet indicateur, en particulier l'étendue d'une perturbation
constituant un impact majeur dans un bassin
hydrographique. D'autres problèmes, liés à l'échelle
et à la définition, devront également être résolus pour
que cet indicateur reflète les tendances nationales.
Par exemple, les bassins hydrographiques peuvent
être définis en fonction de la superficie ou de l'ordre
d'un cours d'eau, et il faut déterminer les échelles
appropriées. Ce processus est compliqué et onéreux,
mais des recherches sont en cours dans plusieurs
provinces et territoires pour résoudre ces problèmes.
À l'heure actuelle, environ 119 millions d'hectares
de forêt au Canada sont accessibles et gérés pour la
production de bois. La plupart des exploitants ont
recours à la coupe à blanc (et à ses variantes), mais
d'autres types de coupe, qui éliminent généralement
une partie du couvert, sont de plus en plus utilisés.
Les perturbations causées par la récolte touchent
environ un million d'hectares annuellement et sont
plus ou moins constantes d'une année à l'autre.
L'étendue des perturbations dues aux incendies est
variable et touche généralement entre 1 et 7 millions
d'hectares annuellement. Quant aux dommages dus
aux insectes et aux maladies, ils sont plutôt cycliques
et sont également caractérisés par de fortes variations
annuelles.
À l'heure actuelle, les provinces et les territoires ne
peuvent fournir des estimations de la proportion des
bassins hydrographiques qui a été soumise à des perturbations
majeures ayant renouvelé les peuplements
depuis le milieu des années 1980. Toutefois, des recherches
visant à déterminer la proportion des bassins
hydrographiques qui peut être récoltée sans subir de
dommages inacceptables sont en cours. De plus, les
scientifiques étudient une gamme de valeurs forestières,
particulièrement les produits forestiers autres
que le bois et d'autres valeurs socio-économiques.
Ces études permettront de produire des bases de
données détaillées sur les bassins hydrographiques
qui serviront à mettre au point des outils pour prédire
les impacts hydrologiques de l'exploitation forestière
et d'autres perturbations sur diverses échelles spatiales
et temporelles.
Ces activités de recherche sont souvent menées à
l'échelle locale ou régionale, notamment à l'intérieur
d'un bassin hydrographique ou dans le territoire d'une
licence d'aménagement forestier. Par exemple, la
Colombie-Britannique élargit présentement sa base
de données sur les bassins hydrographiques pour la
faire passer de 19 000 entrées à quelque 3 millions.
La base de données actuelle comporte des données
sur les grandes perturbations ayant renouvelé les
peuplements entre le milieu des années 1970 et le
milieu des années 1990.
En Ontario, des travaux sont en cours pour déterminer
les impacts de l'exploitation forestière sur les petits
bassins. Il s'agit d'arriver à formuler des indicateurs
permettant de connaître les impacts de l'exploitation
forestière sur la qualité de l'eau à diverses échelles
spatiales dans l'ensemble des paysages forestiers, et
à constituer des outils de prédiction qui aideront les
aménagistes forestiers à évaluer les impacts potentiels
de l'exploitation sur les bassins hydrographiques.
Le Québec a réalisé d'importants travaux concernant
l'effet de la récolte forestière sur le débit de pointe
des cours d'eau. Ces efforts ont abouti à l'élaboration
d'une méthode de calcul de l'aire équivalente de
coupe (AÉC) d'un bassin versant à dominance rési-
neuse. Un niveau maximal acceptable d'AÉC par
bassin a également été établi afin de protéger l'habitat
aquatique contre cet effet potentiel. D'autres études
ont démontré que ce seuil est rarement dépassé dans
les conditions d'exploitation québécoises des bassins
de plus de 10 000 ha et que les écosystèmes aquatiques
ne sont pas altérés. Par conséquent, le Québec
ne prévoit utiliser concrètement l'Indicateur 3.3 que
pour les bassins des rivières à saumon atlantique et
à ouananiche en raison de la précarité et de l'importance
socio-économique de ces espèces.
À ce stade, en raison du manque de données il est
impossible de bien évaluer la durabilité des pratiques
forestières actuelles en se basant sur cet indicateur.
Toutefois, les projets de recherche énumérés ici et
d'autres initiatives semblables qui se déroulent dans
tout le Canada devraient commencer à fournir des
résultats utiles en 2006 et peu après.