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RÉSUMÉLes forêts procurent à la population canadienne une multitude d’avantages, et à titre de gardiens de 10 % des forêts de la planète, les Canadiennes et les Canadiens accordent une importance considérable à l’aménagement forestier durable. Les pressions exercées sur les ressources forestières vont toutefois croissant, et les valeurs des différents utilisateurs de la forêt s’affrontent souvent, d’où la nécessité d’outils permettant de définir et de mesurer les progrès accomplis en matière d’aménagement durable. Les critères et indicateurs (C-I) fournissent un tel outil scientifique. Ils facilitent le consensus autour du concept d’aménagement forestier durable et fournissent un cadre permettant de rendre compte de l’état des forêts, de leur aménagement et des réalisations en matière de durabilité.Le Bilan national 2005 est le deuxième rapport sur les progrès du Canada en matière d’aménagement forestier durable que le Conseil canadien des ministres des forêts (CCMF) réalise à l’aide de son cadre de 6 critères et de 46 indicateurs. Les intervenants de la communauté forestière ont largement contribué l’élaboration de ce cadre, et le rapport fournit de l’information qui rehaussera le débat public et les processus de décision concernant les objectifs et les mesures concrètes qui sont envisagés pour faire progresser le pays vers l’aménagement forestier durable. Ce rapport contribue de façon importante à l’engagement ferme du Canada d’élaborer et de mettre en oeuvre un cadre fiable permettant de définir et de mesurer les progrès accomplis par le pays en matière d’aménagement durable de ses forêts et d’en rendre compte de façon rigoureuse. Il est le fruit d’une collaboration et d’une coopération à grande échelle entre le fédéral, les provinces et les territoires. Il est détaillé et présente les meilleures données disponibles compilées par des experts d’un bout à l’autre du pays. L’information qu’il présente est corrélée dans la mesure du possible aux visions ou aux objectifs énoncés dans la Stratégie nationale sur la forêt ou dans d’autres ententes et conventions nationales ou internationales. Ce rapport, ainsi que l’ensemble du processus des critères et indicateurs, aidera les gouvernements à évaluer l’efficacité de la réglementation existante, à orienter les politiques futures, à cerner les besoins en matière d’information et de recherche et à établir leur priorité à cet égard, à guider les pratiques forestières et à préciser les attentes en matière d’aménagement forestier durable au Canada. Le processus des critères et indicateurs en est un d’apprentissage continu. Avec l’expérience et le progrès des connaissances, le Canada raffinera la façon dont il définit, mesure et fait connaître ses progrès en matière d’aménagement forestier durable. Critère 1. Diversité biologiqueLa diversité biologique ou biodiversité désigne la variabilité qui existe parmi les organismes vivants et les écosystèmes dont ils font partie. Elle peut se mesurer à trois niveaux, soit les écosystèmes, les espèces et les gènes.La diversité des écosystèmes désigne la variété et l’abondance relative des écosystèmes et de leur biocénose (ensemble de communautés végétales et animales). S’étendant de l’Atlantique au Pacifique et depuis la pointe méridionale de l’Ontario jusqu’à la vallée du Mackenzie, les forêts du Canada couvrent 402,1 millions d’hectares dans les 15 écozones terrestres, soit 41 % du territoire du pays. La classe d’âge dominante est la classe 41–80 ans, mais les forêts de plus de 161 ans occupent toutefois au moins 17,6 millions d’hectares. Les essences résineuses dominent en grande partie les forêts du Canada, mais les essences feuillues y sont fréquentes. Les milieux humides sont également une composante essentielle des forêts. Le Canada compterait 134,6 millions d’hectares de milieux humides, soit environ 25 % des milieux humides de la planète. La Stratégie nationale sur la forêt du Canada souligne l’importance de protéger les forêts anciennes et les écosystèmes forestiers menacés et d’établir un réseau complet d’aires protégées représentatives. Plus de 31 millions d’hectares de terres forestières et autres terres boisées sont situés dans des aires protégées, quoique leur superficie totale soit sous-estimée, faute de données suffisantes. Plus de 9,6 millions d’hectares de milieux humides sont protégés. Les forêts situées dans les aires protégées du Canada comprennent de nombreux exemples des divers types forestiers, classes d’âge et types de sol qui font la diversité des forêts canadiennes dans leur ensemble. La diversité des espèces désigne le nombre et l’abondance relative des espèces dans une région. En 2004, 305 espèces associées à la forêt étaient en péril au Canada. Sur ce nombre, 60 % sont restées dans la même catégorie de risque depuis la dernière évaluation de 1999, 17 % ont été classées dans une catégorie de risque plus élevée et 1 % ont été classées dans une catégorie de risque moins élevée, tandis que 22 % sont des espèces qui ont été évaluées pour la première fois en 2004. En suivant les changements qui surviennent dans les populations de certaines espèces associées à la forêt, on obtient un excellent indicateur de la diversité des espèces. Les populations de la plupart des espèces qui sont surveillées au Canada sont stables ou en hausse dans la majeure partie de leur aire de répartition, quoique celles du caribou des bois, un indicateur de la connectivité du paysage en forêt boréale, sont en déclin dans l’ensemble du Canada. Les populations de la martre d’Amérique sont également à la baisse dans le Canada atlantique. Le déclin de ces deux espèces est important, car elles sont présentes dans les forêts mûres et anciennes, types de peuplement où se déroulent souvent des activités d’aménagement forestier. Les gouvernements ont élaboré ou sont en voie de mettre au point des pratiques favorisant la conservation de ces deux espèces et réduisant au minimum l’impact de l’aménagement. Les espèces exotiques envahissantes constituent la deuxième menace en importance pour la biodiversité, après la perte et l’altération de l’habitat. Les gouvernements ont inscrit dans leurs lois des mesures pour faire face à ce problème. De plus, le fédéral, les provinces et les territoires collaborent à l’élaboration d’une stratégie nationale pour contrer cette menace. La diversité génétique, ou variation des gènes au sein d’une espèce, est la pierre angulaire de l’évolution. Les gouvernements s’efforcent de s’assurer que les plants ou les semences utilisés pour reboiser les superficies récoltées possèdent une diversité génétique suffisante pour s’adapter aux variations des conditions du milieu. Seulement 15 % environ de la superficie récoltée doit être reboisée par plantation ou semis, car la plupart des parterres de coupe se régénèrent naturellement. La plupart des semences utilisées pour produire les semis proviennent de peuplements naturels et devraient afficher la même variation génétique que la population naturelle dont elles sont issues. Une certaine proportion est récoltée dans des vergers à graines, mais les recherches révèlent que les lots de semences provenant de vergers et ceux provenant de peuplements naturels présentent une variation génétique assez semblable. Afin d’appuyer la surveillance des ressources génétiques, des programmes d’information à cet égard ont été mis sur pied. La conservation des ressources génétiques forestières au Canada est le fruit des efforts conjugués d’organismes fédéraux, provinciaux, territoriaux et non gouvernementaux, et de nombreuses initiatives de conservation des ressources génétiques forestières sont en cours. Le Canada a commencé à mettre en oeuvre des mesures de conservation à l’égard d’une bonne partie de ses 58 essences indigènes nécessitant une protection. Toutefois, le déclin de la diversité génétique des essences de la forêt carolinienne du Sud de l’Ontario, en raison de l’urbanisation et de l’agriculture, demeure préoccupant. Critère 2. État et productivité des écosystèmesAu fil de leur évolution, les écosystèmes forestiers du Canada ont réussi à résister aux perturbations naturelles et à s’en rétablir, tout en maintenant leur productivité. Toutefois, l’homme a engendré de nouvelles perturbations, comme la récolte, dont le rythme et l’ampleur ont parfois été si importants qu’ils ont dépassé le rythme naturel d’adaptation que connaissaient généralement les forêts. Pour conserver le flux d’avantages procurés par les forêts, il est important de savoir si la somme des stress apportés par ces agents d’agression se situe dans la plage de valeurs que les perturbations naturelles leur imposaient au cours de l’évolution.Au Canada, les perturbations naturelles affectent des superficies forestières nettement supérieures à celles de la récolte et du déboisement. Perturbation ponctuelle, la récolte touche en moyenne 900 000 ha par année, tandis que les perturbations naturelles, comme le feu ou la défoliation par les insectes, affectent plusieurs millions d’hectares de forêt chaque année. Quelque 177,4 millions de mètres cubes de bois marchand ont été récoltés en 2003, soit environ 0,6 % des 29 milliards de mètres cubes de matériel sur pied qui, selon les estimations, seraient disponibles au Canada. Un déboisement plus permanent (c.-à-d. causé par l’urbanisation, la conversion en terres agricoles, la construction de chemins forestiers, etc.) s’observe sur 54 700 à 80 500 ha chaque année. Même si le boisement (la création d’une forêt sur un terrain qui n’a pas porté de forêt depuis au moins 50 ans) peut permettre d’étendre dans une certaine mesure le territoire forestier canadien, il ne porte, selon les estimations actuelles, que sur 6 000 à 10 000 ha par année. Des chercheurs s’emploient actuellement à préciser les effets réels de polluants comme les pluies acides et l’ozone sur les forêts; quoi qu’il en soit, une bonne partie du paysage forestier du Sud-Est du Canada et du Sud de la Colombie-Britannique est affectée. Les gouvernements et les industries ont déjà pris des mesures pour réduire les émissions et les dépôts de polluants atmosphériques, ce qui a eu pour effet de stabiliser les concentrations d’ozone troposphérique et, dans certaines régions, de les réduire. Les charges critiques de composés acidifiants retiennent également l’attention, mais les effets combinés et cumulatifs de l’ozone et des pluies acides sur les forêts demeurent problématiques. Pour maintenir la productivité des écosystèmes et s’assurer de la durabilité de l’approvisionnement en bois, il faut que les aires récoltées se régénèrent rapidement. Les sociétés qui exploitent les forêts publiques sont tenues par la loi d’assurer une régénération suffisante afin de reconstituer des écosystèmes forestiers en santé dans les zones récoltées. Dans l’ensemble, la régénération naturelle joue un rôle beaucoup plus important que la plantation ou le semis direct dans les forêts canadiennes, puis qu’elle concernait en 2001 85 % des quelque 16,2 millions d’hectares de terrains forestiers considérés comme bien régénérés. Selon les données les plus récentes, les superficies forestières non régénérées diminuent graduellement. En 2001, elles étaient légèrement inférieures à 2,1 millions d’hectares, une diminution par rapport aux 2,4 millions d’hectares de 1993. Cette constatation est d’autant plus frappante que la superficie totale récoltée au Canada a augmenté d’environ 50 % de 1993 à 2001, preuve que les récents efforts de régénération ont donné de très bons résultats. Critère 3. Sol et eauLes forêts du Canada protègent les eaux de surface et les eaux souterraines, filtrent la pollution et offrent un habitat de choix à de nombreuses espèces aquatiques et riveraines. En raison des perturbations, de l’érosion et de la compaction qu’elles entraînent, les activités d’aménagement peuvent altérer les sols forestiers. L’adaptation des techniques d’aménagement des fins de protection des sols et de l’eau peut minimiser ces impacts.Toutes les provinces et territoires s’emploient activement faire appliquer les normes et règlements visant la protection des sols forestiers et de l’eau lors des opérations forestières. Par conséquent, le taux de conformité aux normes concernant les perturbations du sol varie de 80 à 100 %. En outre, la plupart des provinces et territoires surveillent fréquemment la conformité aux normes locales qui régissent la construction des routes, le franchissement des cours d’eau et l’aménagement des zones riveraines, et les taux de conformité oscillent entre 60 et 99 %. Quand un cas de non-conformité est constaté, des changements volontaires dans les pratiques opérationnelles sont généralement apportés, bien que des pénalités et des mesures correctives soient parfois envisagées. L’évaluation de la proportion des bassins versants subissant des perturbations de nature à renouveler les peuplements est un indicateur important des impacts potentiels de l’aménagement des forêts sur la qualité et le volume des cours d’eau. Malheureusement, les données actuelles sont insuffisantes pour évaluer adéquatement cet indicateur; toutefois, des recherches sont en cours pour déterminer la proportion des bassins versants qui peut être exploitée sans nuire indûment aux valeurs forestières. Critère 4. Contribution aux cycles écologiques planétairesLes arbres des forêts assimilent et stockent le CO2 de l’atmosphère, l’un des principaux gaz à effet de serre, et contribuent à atténuer les changements climatiques. Puisque le Canada abrite environ 10 % de l’ensemble des forêts de la planète, il lui incombe donc de mieux comprendre la contribution de ses forêts aux cycles mondiaux du carbone.Des chercheurs canadiens élaborent actuellement un modèle amélioré de l’évolution des stocks de carbone. Puisque les données de ce nouveau modèle ne sont pas encore disponibles, le présent rapport se concentre sur une étude de cas de l’écozone des plaines boréales. Cette étude montre l’impact que les agents de perturbation, comme le feu, peuvent avoir sur l’assimilation et les émissions de carbone par les écosystèmes forestiers. Le rapport sur les critères et indicateurs de 2000 du CCMF soulignait que les écosystèmes forestiers du Canada étaient, en moyenne, une source de carbone atmosphérique et avaient rejeté chaque année, entre 1990 et 1994, 44,6 Mt de carbone sur des réserves totales de carbone d’environ 84,4 Gt. Le carbone stocké dans les produits forestiers peut y rester emprisonné pendant des jours, des années, voire des décennies, selon leur mode de transformation et d’utilisation, et peut avoir des effets sur le bilan global du carbone du pays. Les stocks de carbone des produits forestiers sont en hausse au Canada et ont augmenté d’environ 4,5 Mt en 2003. Premier consommateur industriel d’énergie au Canada, l’industrie forestière émet des quantités considérables de gaz à effet de serre. En raison d’une plus grande efficacité énergétique et de l’utilisation de combustibles plus propres, ses niveaux d’émissions (y compris les émissions directes et indirectes associées l’achat d’électricité) de 2002 étaient les mêmes qu’en 1980, malgré une augmentation de 23 % de la consommation d’énergie et de 30 % de la production de pâtes et papiers. La part de la bioénergie dans la consommation totale d’énergie du secteur forestier est passée de 47 % en 1980 à plus de 55 %. Critère 5. Avantages économiques et sociauxLes forêts sont source d’avantages commerciaux substantiels, notamment les produits ligneux et non ligneux, l’eau et le tourisme, ainsi que d’avantages non commerciaux importants, notamment sur le plan de la faune, des loisirs, de l’esthétique et de la nature sauvage. Même si leur valeur pécuniaire ne peut pas toujours être mesurée, tous ces biens et services ont une très grande valeur pour la population canadienne et fournissent des avantages considérables à la société. L’aménagement forestier durable doit s’effectuer de manière à ce que les forêts puissent fournir tous ces biens et services à long terme. La population canadienne tire des avantages économiques substantiels de la forêt. Selon les données les plus récentes, les ventes de produits ligneux s’élèvent 77 milliards de dollars, et la contribution de l’industrie forestière au produit intérieur brut canadien, à 2,9 %. La croissance du secteur forestier a été inférieure à celle du reste de l’économie canadienne pendant plusieurs décennies, mais est, en moyenne, maintenant similaire. L’industrie de seconde transformation du bois a également connu une croissance marquée depuis 1995, contribuant à l’augmentation des avantages économiques tirés de chaque mètre cube de bois récolté. Selon un modèle de 1999 de Statistique Canada, près de 80 % des produits finis en bois transformés au Canada sont destinés à l’exportation. Source de matière ligneuse, les forêts du Canada fournissent également une variété de produits non ligneux qui, malgré leur faible poids économique, ont un potentiel de croissance considérable et jouent un rôle important dans l’économie des collectivités rurales. Les tenures forestières sont les ententes qui permettent l’extraction durable par des intérêts privés des ressources forestières, principalement situées sur les terres publiques. Au Canada, la plupart des tenures sont fondées sur le volume, mais de nouveaux modes de tenures rendent les ressources forestières plus accessibles aux petites et moyennes entreprises et aux collectivités autochtones et non autochtones. Les travailleurs, les entreprises forestières et les gouvernements reçoivent chacun une part importante de la richesse tirée de l’industrie des produits ligneux. En moyenne, de 1990 à 2002, les travailleurs se sont partagé chaque année des avantages financiers de plus de neuf milliards de dollars, les entreprises, de quatre milliards de dollars, et les gouvernements, de plus de deux milliards de dollars. Les objectifs de durabilité économique, sociale et environnementale dépendent d’un niveau d’utilisation des ressources qui ne dépasse pas la capacité de production à long terme des ressources disponibles. Il est certes toujours difficile d’évaluer si l’extraction des produits forestiers non ligneux est pratiquée de manière durable, mais des recherches sont en cours pour mieux comprendre les possibilités de gestion et les impacts de la récolte. L’extraction des produits ligneux est encore inférieure au niveau établi de la possibilité annuelle de coupe. Il faut une industrie forestière concurrentielle et dynamique pour que la population canadienne continue de recevoir ces avantages économiques. Au Canada, le taux moyen de rendement du capital investi (RCI) dans le secteur forestier a été moindre que celui du secteur manufacturier et de l’ensemble de l’économie pendant la majeure partie des années 1980 et au début des années 1990, mais il s’est amélioré à la fin de cette dernière décennie. Au cours des cinq dernières années, il a suivi de près le RCI dans toutes les branches d’activité, avec une moyenne de 6,62 %. Le rendement subit des variations cycliques considérables et diffère grandement d’un sous-secteur à l’autre, ce qui correspond aux différents besoins en capital et aux prix des produits. Le sous-secteur des pâtes et papiers, en particulier, a été touché récemment par plusieurs fermetures d’usines provoquées par la faiblesse du prix des produits et le coût élevé de l’énergie et du bois, ainsi que par l’insuffisance des investissements en capital attribuable à la faiblesse du RCI. À l’échelle internationale, les entreprises canadiennes ont de la difficulté à attirer les capitaux face à leurs concurrents qui affichent systématiquement, dans les autres pays, un RCI plus élevé. Malgré tout, la croissance de la productivité dans le secteur des forêts est élevée. De 1997 à 2002, la croissance moyenne de la productivité globale du secteur forestier (4,96 %) a dépassé la moyenne de tous les secteurs d’activité du Canada (2,29 %). Le secteur forestier continue également de fournir des centaines de milliers d’emplois. En dépit de récents reculs, le secteur a généré plus de 330 000 emplois directs depuis 1995, atteignant en 2003 un record de plus de 370 000 emplois, ainsi que plus de 500 000 emplois indirects et induits. Les travailleurs du secteur forestier ont des salaires moyens plus élevés que ceux d’autres industries manufacturières. Critère 6. Responsabilité de la sociétéLa durabilité ne concerne pas seulement les valeurs de la ressource forestière. Elle comporte également une dimension humaine. Les opérations forestières se déroulent souvent sur des terres publiques bordant ou comprenant des territoires et collectivités autochtones. De plus, le bien-être économique et social de nombreuses autres collectivités rurales est tributaire du secteur forestier. Par conséquent, les pratiques forestières doivent refléter les valeurs de la société afin de constituer des moyens efficaces d’atteindre la durabilité.Les gouvernements et l’industrie forestière ont beaucoup amélioré leurs mécanismes de consultation des collectivités autochtones et d’autres groupes et collectivités au sujet de la planification de l’aménagement forestier. Par le règlement de revendications territoriales et des droits fonciers issus de traités, les peuples autochtones obtiennent un nombre grandissant de titres de propriété foncière, un meilleur contrôle sur l’accès aux ressources et de meilleures possibilités d’emplois stables. Les gouvernements ont entrepris de recueillir de l’information sur les connaissances écologiques traditionnelles des Autochtones et ont financé des études destinées à cartographier l’emplacement des territoires traditionnellement utilisés par les Autochtones ou revêtant une importance culturelle pour eux. Des progrès ont certes été accomplis, mais il faut continuer de déployer des efforts pour obtenir des données plus complètes et plus récentes sur les terres appartenant aux Autochtones et sur leurs connaissances écologiques traditionnelles à l’appui d’une meilleure prise de décisions. Plus de 350 collectivités établies un peu partout au Canada et pour la plupart rurales dépendent des forêts. L‘aménagement forestier durable est particulièrement important pour les collectivités rurales tributaires des forêts où les coûts sociaux potentiels de pratiques non durables risquent d’être plus élevés que dans les grands centres urbains. Pour examiner le bien-être et la résilience de ces collectivités, on peut mesurer les ressources humaines, économiques et sociales qui leur fournissent les outils nécessaires pour réagir aux constantes variations de leur cadre social, économique ou environnemental. Nombre de collectivités non autochtones tributaires des forêts du Canada présentent des niveaux de diversité économique supérieurs à la moyenne, laissant supposer qu’elles sont mieux en mesure de supporter un ralentissement dans un secteur de l’économie que d’autres collectivités rurales non autochtones. Par ailleurs, elles ont également tendance à présenter des niveaux de scolarité plus faibles que la moyenne, des taux d’emploi plus bas et une fréquence plus élevée d’unités à faible revenu que d’autres collectivités rurales. Les résultats à l’égard des collectivités autochtones dépendantes des forêts révèlent qu’elles présentent également des niveaux de diversité économique supérieurs, même si les niveaux de scolarité et, dans la plupart des cas, les taux d’emploi ont tendance à être les mêmes que ceux de collectivités autochtones non tributaires des forêts. Les données sur la fréquence des unités à faible revenu dans les collectivités autochtones sont toutefois incomplètes. Ces résultats semblent indiquer que de nombreuses collectivités tributaires des forêts sont associées à des niveaux plus faibles de bien-être et de résilience que les autres collectivités rurales. Les gouvernements et d’autres parties intéressées ont mis sur pied des initiatives afin d’améliorer la situation, mais il faut effectuer d’autres recherches afin de comprendre la nature dynamique du bien-être et de la résilience dans les collectivités tributaires des forêts. La présence d’un processus équitable et efficace de prise de décisions est un aspect social important de l’aménagement forestier durable. Les gouvernements provinciaux et territoriaux encouragent la participation du public dans ce processus afin de tenir compte de l’ensemble des valeurs de la société et de s’assurer de réagir rapidement à l’évolution de ces valeurs dans le temps. Des enquêtes ont permis de constater que dans ces consultations près des trois quarts des participants issus de l’extérieur des gouvernements sont satisfaits de leur démarche. La plupart se sont dit d’avis que l’exercice est équitable et qu’il en vaut la peine malgré sa nature complexe et exigeante. Des enquêtes sur le respect par les entreprises des lois et règlements concernant l’aménagement forestier durable révèlent un taux de conformité élevé, signe que les décisions politiques ou administratives sont mises à exécution. Une partie de la responsabilité du Canada à l’égard de l’aménagement forestier durable consiste à démontrer son engagement à améliorer le savoir sur les écosystèmes forestiers et à s’assurer que les décisions sont fondées sur les meilleures données disponibles. Les sources les plus communes de données sur les forêts sont les inventaires forestiers qui sont en général largement accessibles au grand public et aux aménagistes afin d’améliorer le processus décisionnel. Des investissements incessants dans la science et la technologie garantissent également une prise de décisions éclairée. Le secteur forestier du Canada est un secteur de haute technologie qui achète chaque année jusqu’à 2,8 milliards de dollars d’innovation intégrée et qui investit annuellement jusqu’à 494 millions de dollars dans la science et la technologie pour se moderniser et améliorer son rendement, montant qui est allé croissant au cours des dernières années. Le CCMF s’emploie également à promouvoir les carrières dans le domaine de la foresterie au niveau post-secondaire afin de s’assurer que des professionnels hautement qualifiés fassent constamment leur entrée sur le marché du travail. Les gouvernements mettent aussi périodiquement à jour leurs normes et lignes directrices sur les forêts pour s’assurer que les pratiques forestières reflètent les données scientifiques les plus récentes. ConclusionLes forêts du Canada sont parmi les plus étendues et les plus diversifiées au monde et sont au coeur de la croissance et de la prospérité du pays. Au cours des dernières années, le Canada a fait face à de nouveaux défis en matière d’aménagement forestier, des pressions grandissantes s’exerçant pour que ses vastes étendues de forêts naturelles soient conservées ou aménagées pour des activités autres que la production de bois. Face à ces demandes, les responsables des politiques forestières et les aménagistes ont cherché à élaborer de meilleures méthodes d’aménagement durable des ressources.Les initiatives récentes en matière de gestion des forêts ont visé à faire progresser l’aménagement forestier durable, une approche qui concilie les objectifs environnementaux, sociaux et économiques. Le changement peut-être le plus spectaculaire a été la multiplication des processus de résolution de conflits et de consultation l’échelle locale qui précèdent les décisions concernant les forêts. Depuis les années 1990, les aménagistes et les décideurs ont de plus en plus consulté les intervenants (propriétaires de forêts, industries, peuples autochtones, collectivités locales, etc.) afin d’établir les stratégies forestières, les mesures législatives et les plans d’aménagement. Les méthodes d’aménagement forestier qui tiennent compte d’une gamme élargie de valeurs sont maintenant largement acceptées et mises en oeuvre. On reconnaît alors le dynamisme des systèmes écologiques et sociaux, les avantages de la gestion adaptative et l’importance de la concertation. L’aménagement forestier moderne pratiqué au Canada montre comment il est possible de réaliser des progrès dans la voie de la durabilité. Le Canada devra toutefois réussir à améliorer ses taux de rendement du capital investi, devenir plus concurrentiel sur le marché international, s’adapter à l’utilisation polyvalente de la forêt réclamée par le public, réduire ou prévenir les effets néfastes de la pollution et des espèces envahissantes sur les forêts, accroître la participation des Autochtones à l’aménagement forestier durable et améliorer la résilience et le bien-être des collectivités tributaires des forêts. Le secteur forestier du Canada connaîtra du succès s’il continue d’évoluer et de s’adapter en appliquant des technologies de pointe à l’aménagement des forêts et à la transformation des produits forestiers, en développant des produits à valeur ajoutée et de nouveaux marchés pour ceux-ci, en améliorant l’information sur les services rendus par les forêts et sur le niveau de récolte durable des produits forestiers non ligneux, en réduisant les superficies forestières affectées par la pollution, en prenant des mesures d’éradication ou de lutte contre les espèces envahissantes nuisibles aux forêts, en continuant d’améliorer les consultations et la coopération entre les peuples autochtones, l’industrie forestière et les gouvernements en matière d’aménagement, ainsi qu’en poursuivant ses efforts pour améliorer la disponibilité des connaissances écologiques traditionnelles des Autochtones sur les forêts et en collaborant avec les collectivités pour garantir leur pérennité. Le CCMF et d’autres parties intéressées à la durabilité ne ménagent pas leurs efforts pour opérer des changements dans ces domaines et dans d’autres. Les responsables des politiques forestières et les aménagistes du Canada continueront d’être confrontés des choix difficiles en raison des opinions très divergentes sur l’ordre de priorité à privilégier dans l’aménagement des ressources forestières. La mise en oeuvre des critères et indicateurs est une priorité nationale, et les activités continues de surveillance permettront de dégager les tendances de l’état des forêts sur lesquelles on pourra fonder les décisions stratégiques. En partageant l’information et les ressources leur disposition, les gouvernements qui composent le CCMF ont amélioré leur capacité d’exprimer la situation forestière tout en réduisant les coûts. Grâce à leur participation au processus, les intervenants et la communauté forestière sont maintenant mieux en mesure de faire connaître leurs valeurs, ce qui contribue à rendre les indicateurs plus pertinents. Avec les données pertinentes et fiables qui leur sont fournies, les Canadiennes et les Canadiens sont mieux à même de comprendre les options qui se présentent pour l’aménagement des forêts, d’apporter au débat une contribution plus solide et de participer plus activement aux décisions. Le cadre national des critères et indicateurs du CCMF a également conduit à l’élaboration de critères et d’indicateurs provinciaux et locaux et il a en outre servi à mettre au point des normes de certification de l’aménagement forestier durable. En inspirant toutes ces initiatives, le processus des critères et indicateurs contribue à implanter au pays le concept même d’aménagement forestier durable. Dans le but de faciliter la préparation des prochains rapports, le CCMF collabore à trois initiatives pour aider à établir un mécanisme national permettant de compiler et de fournir de manière rapide et coordonnée des informations exactes sur les forêts. En premier lieu, le Programme national de données sur les forêts (PNDF), qui recueille et stocke actuellement diverses données servant de base aux statistiques forestières canadiennes, doit être élargi pour recueillir et stocker les données nécessaires à tous les indicateurs du CCMF. En deuxième lieu, le Système national d’information sur les forêts (SNIF), quand il sera entièrement opérationnel, permettra à la population canadienne d’avoir accès aux données par Internet. En troisième lieu, un nouvel inventaire forestier national permettra d’estimer les tendances de nombreux indicateurs du CCMF et complétera le PNDF et le SNIF, sans compter qu’il renforcera la capacité du pays d’évaluer la durabilité de ses forêts. Il faut redoubler d’efforts pour améliorer notre capacité mesurer les indicateurs et à juger des progrès en matière de durabilité. Par exemple, il faudrait peutêtre améliorer les valeurs de référence nationales, afin de faciliter l’interprétation des tendances des indicateurs, ou mettre au point des outils et des techniques plus perfectionnés pour évaluer les progrès accomplis. Un outil potentiel est la technique de l’analyse multivariable qui consiste à inviter des membres de la communauté forestière à noter les déclarations concernant chaque indicateur. Les résultats de cette analyse peuvent montrer comment les différents secteurs de la société évaluent les progrès de l’aménagement forestier durable, fournissant ainsi, en retour, de l’information aux instances chargées d’établir les politiques. Des techniques de ce type prennent appui sur les solides données forestières dont nous disposons pour en tirer une compréhension élargie des progrès du Canada en matière d’aménagement forestier durable. |