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Indicateur 1.2.4 - Nombre d'espèces exotiques envahissantes associées à la forêt Indicateur d'appui
La circulation accrue des personnes et des biens sur notre planète a entraîné la disparition des principales barrières biogéographiques qui isolaient autrefois la faune et la flore de chacun des continents. De nombreuses espèces agressives ont ainsi pu étendre leur aire de répartition mondiale ou s'établir localement en très fortes densités. Malgré l'intensification des mesures de détection dans les ports d'entrée, la fréquence des introductions et le nombre des espèces exotiques ne cessent d'augmenter. Les espèces exotiques envahissantes constituent la deuxième menace en importance pour la biodiversité, après la perte et l'altération de l'habitat. Les espèces exotiques n'ont généralement pas d'ennemis naturels pouvant leur faire échec dans les aires qu'elles envahissent. Elles peuvent ainsi déloger des espèces indigènes grâce à cet avantage concurrentiel pour l'obtention des ressources ou pour le broutage, le parasitisme ou la transmission de maladies, et entraîner la réduction, voire l'élimination de certaines espèces ou de populations d'espèces indigènes. Les emballages et les matériaux de fardage en bois utilisés pour le transport d'une grande variété de produits sont l'une des principales voies d'entrée des espèces exotiques associées à la forêt. Pour contrer cette menace, on a élaboré une norme internationale qui oblige les pays à garantir que tous les matériaux d'emballage en bois massif sont exempts de parasites. Aucune liste complète des espèces exotiques n'a encore été dressée au Canada mais, selon des estimations préliminaires, les espèces exotiques représenteraient 27 % de toutes les plantes vasculaires, 24 oiseaux, 26 mammifères, 2 reptiles, 4 amphibiens et 55 poissons d'eau douce (Gouvernement du Canada, 2004). Le Service canadien des forêts s'emploie à compiler une liste des espèces exotiques envahissantes associées à la forêt. Il est impératif de recourir à des taxinomistes qualifiés et chevronnés pour déterminer quelles espèces sont exotiques et pouvoir les détecter rapidement et prendre des mesures de lutte appropriées. Ainsi, il a fallu près de 10 ans pour détecter la présence du longicorne brun de l'épinette au Canada parce qu'on l'avait confondu à l'origine avec une espèce indigène apparentée (voir l'étude de cas). La surveillance visant à détecter la présence et la répartition des espèces exotiques envahissantes est un autre élément clé de l'analyse des menaces que font peser ces espèces sur les forêts canadiennes et de la mise au point d'une riposte appropriée. L'établissement d'un grand nombre d'espèces exotiques, dont des insectes, des micro-organismes, des végétaux et des animaux, a eu des effets dévastateurs sur la santé de nos forêts, sans compter qu'il a réduit la biodiversité, occasionné des pertes dans les produits forestiers commerciaux et les autres valeurs associées aux forêts. De tous les groupes d'espèces exotiques, ce sont les pathogènes introduits qui ont eu les plus graves répercussions économiques et environnementales pour nos forêts (Hendrickson, 2002). Ainsi, la brûlure du châtaignier et la maladie hollandaise de l'orme ont complètement décimé les châtaigniers d'Amérique et les ormes d'Amérique qui, autrefois, étaient des composantes importantes des forêts de feuillus du Sud-Est du Canada. La perte de ces arbres a eu des répercussions sur les espèces sauvages qui en dépendaient ainsi que sur la société pour qui ils revêtaient une importance tant culturelle qu'économique. Au-delà de 1500 espèces d'arthropodes terrestres (dont plus de 200 se nourrissent de plantes ligneuses) ont été introduites au Canada (D. Langor, RNCan, Centre de foresterie du Nord, Edmonton [Alberta], comm. pers., 2004). Bon nombre d'entre elles entraînent de lourdes pertes économiques pour le secteur forestier canadien, tandis que d'autres ont vraisemblablement des effets significatifs, mais non encore mesurés, sur la diversité biologique de la faune et de la flore indigènes. La Loi sur la protection des végétaux, administrée par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), prévoit des mesures de quarantaine pour contrer les ravageurs et les agents pathogènes forestiers. Le tableau 1.2d décrit quelques-unes des espèces d'insectes et de champignons actuellement réglementées par l'ACIA. On trouvera plus loin des études de cas sur trois insectes récemment introduits au pays. Tableau 1.2d Sélection d'insectes et de champignons exotiques envahissants réglementés par l'ACIA
Les espèces végétales exotiques envahissantes peuvent faire concurrence à une partie de la flore indigène pour diverses ressources, comme la lumière et les éléments nutritifs, et l'éliminer d'une région. De nombreuses espèces envahissantes colonisent principalement les secteurs perturbés et les stations en début de succession. Par exemple, dans les écosystèmes à chêne de Garry en Colombie-Britannique, où l'urbanisation et l'agriculture ont détruit ou dégradé une bonne partie de l'habitat, de nombreuses espèces végétales exotiques envahissantes comme le lierre commun et le genêt à balais menacent aujourd'hui des espèces en péril, dont certains éléments rares de la flore (p. ex. la violette jaune des monts [une espèce menacée] et le tritélia de Howell [une espèce en voie de disparition] et les espèces qui en dépendent (p. ex. le damier de Taylor [une espèce en voie de disparition]) (Service canadien de la faune, 2004d et 2004e; COSEPAC, 2003). Le tableau 1.2e donne une liste des espèces végétales exotiques envahissantes associées aux essences forestières ou aux écosystèmes forestiers du Canada. Tableau 1.2e Sélection de plantes exotiques associées aux forêts au Canada Pour contrer la menace que représentent les espèces exotiques envahissantes pour la durabilité des forêts, certaines provinces ont intégré des moyens de lutte dans leur législation2, notamment la Colombie-Britannique (Weed Control Act, Plant Protection Act, Forest Practices Code of British Columbia Act et Forest and Range Practices Act), l'Ontario (Loi sur les maladies des plantes, Loi sur la destruction des mauvaises herbes et Loi de 1994 sur la durabilité des forêts de la Couronne), le Québec (Loi sur les forêts et Loi sur la protection des plantes) et la Nouvelle-Écosse (Weed Control Act). En plus de sa législation, la Colombie-Britannique a établi le Plant Protection Advisory Council qui examine les questions préoccupantes touchant la santé des plantes et leur mise en quarantaine. En 2004, l'Invasive Plant Council of British Columbia a été constitué pour servir de lieu de rencontre et de coordination au profit des gestionnaires de plantes exotiques envahissantes de la province. Ses cinq comités se penchent sur divers aspects de la question : financement, législation, inventaire, technologie, recherche et communications. En 2004, l'Alberta a lancé une stratégie sur les plantes envahissantes (Alberta Invasive Plants Strategy) et a créé l'Alberta Invasive Plants Council (http://www.invasiveplants.ab.ca/) pour aider à protéger les écosystèmes de la province contre les plantes envahissantes en fournissant de l'information à leur sujet et en encourageant la coopération entre les divers intervenants. Les espèces envahissantes sont un problème à l'échelle de la planète et doivent être combattues par une stratégie mondiale. Bien qu'il ne soit peut-être pas possible de stopper la tendance mondiale, d'éradiquer toutes les espèces envahissantes actuelles ou de prévenir les invasions futures, la solution du problème consiste avant tout à mieux comprendre les aspects scientifiques de la prolifération des espèces envahissantes et les types de changement à venir que l'on peut prévoir. Il reste toutefois essentiel d'établir des stratégies et des programmes efficaces d'inspection et d'éradication pour prévenir l'introduction et la dissémination de nouvelles espèces envahissantes. Le Groupe de recherche international sur les organismes de quarantaine forestiers, créé en 2003, favorise l'adoption d'approches multidisciplinaires pour résoudre certains de ces problèmes. Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, sous la direction d'Environnement Canada, ont récemment élaboré une stratégie nationale pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes (http://www.cbin.ec.gc.ca/primers/ias/documents/Final_IAS_Strategic_Plan_smaller_f.pdf). Étude de cas no 1 : L'agrile du frêne (Agrilus planipennis)L'agrile du frêne, insecte indigène de l'Est de l'Asie, a été découvert en Amérique du Nord en 2002. À l'état adulte, ce coléoptère d'un bleu verdâtre métallique a le corps étroit et finement découpé. Il peut s'attaquer à tous les frênes, dont le frêne blanc, le frêne rouge, le frêne vert et le frêne noir indigènes du Canada. Depuis sa découverte en Amérique du Nord, on a signalé sa présence dans deux comtés de l'Ontario et dans deux États américains (Michigan et Ohio). À ce jour, on estime à quelque 100 000 à 200 000 le nombre de frênes infestés qui risquent de mourir au pays, tandis que plus de sept millions d'autres sont déjà morts aux États-Unis. On soupçonne l'insecte d'être entré au Canada dans des matériaux d'emballage en bois. Les larves de l'agrile du frêne percent l'écorce de leur hôte et y creusent des tunnels pour se nourrir des tissus vasculaires et de la sève. À la fin de la nymphose (stade inactif entre la larve et l'adulte), les nouveaux adultes émergent de l'écorce et commencent à dévorer les feuilles de leur hôte. Les arbres gravement infestés meurent lorsque leur système vasculaire est endommagé au point de ne plus pouvoir transporter l'eau et les éléments nutritifs. L'agrile du frêne peut se déplacer sur plusieurs kilomètres pour trouver un nouvel hôte (ACIA, 2004a). Si l'on n'intervient pas, l'agrile du frêne pourrait se propager un peu partout dans l'Est de l'Amérique du Nord et dévaster les populations de frêne sur l'ensemble de l'aire de répartition. En 2002, avec la collaboration d'un groupe scientifique et consultatif international d'experts, on a lancé une vigoureuse campagne de lutte contre la propagation du ravageur. Le transport du bois de chauffage de toutes les essences et des produits forestiers du frêne (y compris le matériel de pépinière, le bois d'ouvre et les débris) depuis les comtés infestés fait maintenant l'objet de restrictions. On a en outre créé une zone « sans frêne » le long de la zone infestée afin de réduire les risques de propagation de l'agrile du frêne. Depuis l'établissement de cette zone, on a cependant confirmé la présence du ravageur hors de ce périmètre, et les arbres infestés ont rapidement été éliminés et les environs ont été placés en quarantaine. Malgré ces occurrences, on considère que la campagne a réussi jusqu'à présent à ralentir la propagation de ce ravageur au pays (ACIA, 2004a). Pour en savoir davantage, consulter le site : http://www.inspection.gc.ca/francais/plaveg/protect/pestrava/ashfre/agrplaf.shtml. Étude de cas no 2 : Le longicorne brun de l'épinette (Tetropium fuscum)Originaire d'Europe, le longicorne brun de l'épinette (LBE) a été positivement identifié en 1999 dans le parc Point Pleasant à Halifax, en Nouvelle-Écosse (ACIA, 2003). On pense que l'insecte a pu arriver au pays dès 1990, car des échantillons prélevés à cette époque auraient été identifiés par erreur comme appartenant à une espèce indigène apparentée (T. cinnamopterum). Cet insecte forestier envahissant aurait également été introduit par des matériaux d'emballage en bois. Dans le parc, il s'est surtout attaqué à l'épinette rouge, mais il est aussi capable de s'en prendre à toutes les espèces d'épinettes indigènes du Canada ainsi qu'à d'autres résineux comme le sapin, le pin et le mélèze, et même à certains feuillus à l'occasion. Il s'attaque normalement aux arbres endommagés ou en mauvaise santé, mais on l'a déjà aperçu sur des arbres sains en cas de pullulation (qui peut durer 10 ans). Ce sont les larves du LBE qui causent le plus de tort à leurs hôtes, car elles se nourrissent du tissu vasculaire du tronc et gênent ainsi le transport des éléments nutritifs dans l'arbre, ce qui peut en retarder la croissance et parfois le tuer. Un groupe de travail multidisciplinaire et multipartite fait actuellement l'essai de méthodes de détection, d'identification, de lutte biologique et de traitement phytosanitaire pour éliminer le LBE (Service canadien des forêts, 2004). Depuis 2000, l'ACIA a mis en quarantaine le parc Point Pleasant et la région environnante d'Halifax; quelque 6 000 épinettes infestées par le LBE ont été abattues et détruites. Étude de cas no 3 : Le longicorne asiatique (Anoplophora glabripennis)Le longicorne asiatique (LA), aussi appelé longicorne étoilé, est un ravageur forestier indigène d'Asie qui a été introduit en Amérique du Nord en 1996, à Brooklyn et à Amityville, dans l'État de New York. Sa présence a par la suite été signalée à Chicago, en Illinois, en 1998. On pense qu'il a été introduit dans les matériaux d'emballage en bois. Ce coléoptère brillant, de couleur noir bleuâtre, parsemé de nombreuses taches blanches et pourvu de longues antennes peut facilement être confondu avec plusieurs de nos espèces indigènes. Il s'attaque aux essences feuillues saines ou non, dont le bouleau, l'orme, le micocoulier, le marronnier d'Inde, l'érable, le sorbier d'Amérique, le peuplier et le saule. Comme l'agrile du frêne et le longicorne brun d'Amérique, il cause le plus de dommage au stade larvaire, lorsque la larve perce le tronc de son hôte, perturbant ainsi gravement le flux des éléments nutritifs et causant un ralentissement de la croissance de l'arbre, puis sa mort. Heureusement, on n'a pas encore signalé sa présence dans les forêts canadiennes mais, en 2003, on l'a quand même découvert dans un parc industriel au pays. Le longicorne asiatique fait actuellement l'objet de mesures de quarantaine et d'éradication partout en Amérique du Nord. En date d'avril 2004, l'ACIA avait fait abattre jusqu'à 15 000 arbres hôtes dans le cadre d'un plan d'éradication du LA. Si elle venait à se propager dans les forêts canadiennes, cette espèce pourrait avoir des effets désastreux sur la biodiversité forestière, de même que sur l'approvisionnement en bois de feuillus au Canada, un secteur dont la valeur annuelle est estimée à 11 milliards de dollars en produits ligneux, et sur l'industrie acéricole, dont la valeur atteint 100 millions de dollars (ACIA, 2004b). 2. Pour une liste plus complète des lois canadiennes portant sur les plantes envahissantes, consulter le Plan d'action proposé pour les plantes terrestres et les phytoravageurs étrangers envahissants à http://www.cbin.ec.gc.ca/primers/ias/documents/plants_f.pdf. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||